RÈGLE 06 / 06

Le cadre légal : CNIL, RGPD et droit d'opposition

En France, la CNIL admet la prospection par e-mail entre professionnels sans consentement préalable, sur le fondement de l'intérêt légitime, à trois conditions : le message concerne le métier du destinataire, l'expéditeur est clairement identifié et chaque e-mail offre un moyen simple de refuser la suite. Vers un particulier, le consentement préalable reste obligatoire.

Ce que dit la loi, et ce que précise la CNIL

L'article L34-5 du CPCE, le code qui encadre les communications électroniques, proscrit la prospection par e-mail vers une personne physique qui n'y a pas consenti au préalable. Le texte ne prévoit pas d'exception écrite pour les professionnels : c'est la CNIL qui l'admet. Selon sa fiche mise à jour le 10 juin 2026, la prospection auprès de professionnels peut reposer sur l'intérêt légitime quand l'objet du message est en rapport avec la profession de la personne : un logiciel de paie proposé à une directrice des ressources humaines, pas une offre de défiscalisation.

Ce que chaque message doit contenir

Chaque sollicitation doit permettre de connaître l'identité de l'organisation qui l'envoie et d'exprimer, par un moyen simple, le refus d'en recevoir d'autres, rappelle la CNIL. Le RGPD demande que le droit d'opposition soit signalé explicitement, au plus tard lors de la première communication, clairement et à part du reste. Quand les coordonnées n'ont pas été collectées auprès de la personne, il faut aussi lui dire d'où elles viennent et à quoi elles servent, dans le premier message au plus tard.

Adresses génériques, adresses personnelles

Les adresses génériques comme contact@ ou info@ désignent l'entreprise, une personne morale : la CNIL précise qu'elles échappent à ces règles. Une adresse personnelle (un Gmail privé, par exemple) n'est pas une adresse professionnelle : sans consentement préalable, n'y prospectez pas. Pour les adresses reconstituées sur le modèle prenom.nom@, la CNIL fixe ses limites dans une fiche d'octobre 2026, résumée dans la règle 02.

Le refus, la liste d'opposition, la durée de conservation

Une demande d'arrêt s'applique sans attendre, dans tous vos outils : tenez une liste d'opposition unique, que chaque logiciel consulte avant d'envoyer. Pour les gros expéditeurs, Yahoo exige que les désinscriptions soient honorées en deux jours et Google recommande 48 heures. Côté données, la CNIL fixe à trois ans, à compter de la collecte ou du dernier contact venu du prospect, la conservation des données d'un prospect ; une simple ouverture d'e-mail ne compte pas comme un contact.

Ce que risque l'expéditeur

Le RGPD plafonne les amendes de la CNIL à 20 millions d'euros ou, pour une entreprise, à 4 % de son chiffre d'affaires mondial de l'exercice précédent si ce second montant est plus élevé. Elle a sanctionné en mai 2025 la société Solocal Marketing Services (900 000 €) pour avoir démarché des prospects sans leur consentement avec des données achetées à des courtiers, et en décembre 2024 la société Kaspr (240 000 €) pour avoir collecté sur LinkedIn les coordonnées d'utilisateurs qui en avaient limité la visibilité. Les manquements à l'article L34-5 exposent aussi à une amende administrative allant jusqu'à 375 000 € pour une entreprise.

Règle d'or

Écrivez à des professionnels, sur leur adresse professionnelle, pour un sujet qui touche leur métier ; dites qui vous êtes et d'où viennent leurs coordonnées ; offrez dans chaque message un moyen simple de refuser, et appliquez chaque refus dans tous vos outils.

Pas à pas

  1. 1.Vérifiez que votre offre touche au métier de chaque destinataire.
  2. 2.Signez avec votre nom, votre fonction et votre société.
  3. 3.Ajoutez à chaque e-mail une phrase de refus simple : un lien, ou une réponse « stop ».
  4. 4.Dites d'où viennent les coordonnées du prospect dès le premier message.
  5. 5.Tenez une liste d'opposition unique, consultée par tous vos outils.
  6. 6.Supprimez les prospects restés sans réponse trois ans après la collecte ou le dernier contact venu d'eux.

Pied de message à adapter

{{Prénom}} {{Nom}}, {{Fonction}} chez {{Société}} {{Adresse de la société}} Je vous écris parce que votre fonction chez {{Entreprise}} touche à ce sujet ; vos coordonnées professionnelles viennent de {{source}}. Pour ne plus recevoir de message de ma part, répondez simplement « stop » ou utilisez ce lien : {{lien de désinscription}}.

À faire, à éviter

À faire
  • Placer la phrase de refus en clair, à la fin de chaque message.
  • Retirer aussitôt toute personne qui demande l'arrêt, dans tous vos outils.
  • Garder la trace de la source de chaque contact.
À éviter
  • Cacher la désinscription ou exiger un formulaire en plusieurs étapes.
  • Recontacter depuis une autre campagne quelqu'un qui a déjà dit non.
  • Conserver sans limite des prospects qui n'ont jamais répondu.

Contrôle avant envoi

  • Objet du message lié au métier du destinataire
  • Expéditeur identifié : nom, fonction, société
  • Moyen simple de refuser dans chaque e-mail
  • Source des données indiquée dès le premier message
  • Liste d'opposition commune à tous les outils
  • Prospects sans réponse supprimés au bout de trois ans

Questions techniques

Les réponses courtes aux questions que pose cette page, avec leurs sources.

01
DÉSINSCRIPTION

Faut-il un lien de désinscription dans un cold email ?

Il faut, dans chaque message, un moyen simple de refuser la suite : c'est ce que demande la CNIL. Le plus clair est un lien de désinscription, doublé de la possibilité de répondre « stop ».

Gmail et Yahoo exigent en plus le désabonnement en un clic pour les messages marketing des gros expéditeurs, à partir d'environ 5 000 envois par jour vers leurs comptes grand public.

02
ADRESSES

Une adresse contact@ peut-elle recevoir un cold email ?

Oui : la CNIL précise que les adresses génériques comme contact@ ou info@ concernent des personnes morales et échappent aux règles de consentement et d'opposition. L'article L34-5 impose quand même, dans tous les cas, d'indiquer pour le compte de qui le message est envoyé et des coordonnées où demander l'arrêt.

03
DONNÉES

Combien de temps garder les données d'un prospect ?

Trois ans à compter de la collecte ou du dernier contact venu du prospect, selon la CNIL, par exemple un clic sur un lien ; une simple ouverture d'e-mail ne compte pas comme un contact. Passé ce délai sans nouvelle, supprimez la fiche, et ne gardez que le minimum nécessaire pour respecter les refus.