Ce que dit la loi, et ce que précise la CNIL
L'article L34-5 du CPCE, le code qui encadre les communications électroniques, proscrit la prospection par e-mail vers une personne physique qui n'y a pas consenti au préalable. Le texte ne prévoit pas d'exception écrite pour les professionnels : c'est la CNIL qui l'admet. Selon sa fiche mise à jour le 10 juin 2026, la prospection auprès de professionnels peut reposer sur l'intérêt légitime quand l'objet du message est en rapport avec la profession de la personne : un logiciel de paie proposé à une directrice des ressources humaines, pas une offre de défiscalisation.
Ce que chaque message doit contenir
Chaque sollicitation doit permettre de connaître l'identité de l'organisation qui l'envoie et d'exprimer, par un moyen simple, le refus d'en recevoir d'autres, rappelle la CNIL. Le RGPD demande que le droit d'opposition soit signalé explicitement, au plus tard lors de la première communication, clairement et à part du reste. Quand les coordonnées n'ont pas été collectées auprès de la personne, il faut aussi lui dire d'où elles viennent et à quoi elles servent, dans le premier message au plus tard.
Adresses génériques, adresses personnelles
Les adresses génériques comme contact@ ou info@ désignent l'entreprise, une personne morale : la CNIL précise qu'elles échappent à ces règles. Une adresse personnelle (un Gmail privé, par exemple) n'est pas une adresse professionnelle : sans consentement préalable, n'y prospectez pas. Pour les adresses reconstituées sur le modèle prenom.nom@, la CNIL fixe ses limites dans une fiche d'octobre 2026, résumée dans la règle 02.
Le refus, la liste d'opposition, la durée de conservation
Une demande d'arrêt s'applique sans attendre, dans tous vos outils : tenez une liste d'opposition unique, que chaque logiciel consulte avant d'envoyer. Pour les gros expéditeurs, Yahoo exige que les désinscriptions soient honorées en deux jours et Google recommande 48 heures. Côté données, la CNIL fixe à trois ans, à compter de la collecte ou du dernier contact venu du prospect, la conservation des données d'un prospect ; une simple ouverture d'e-mail ne compte pas comme un contact.
Ce que risque l'expéditeur
Le RGPD plafonne les amendes de la CNIL à 20 millions d'euros ou, pour une entreprise, à 4 % de son chiffre d'affaires mondial de l'exercice précédent si ce second montant est plus élevé. Elle a sanctionné en mai 2025 la société Solocal Marketing Services (900 000 €) pour avoir démarché des prospects sans leur consentement avec des données achetées à des courtiers, et en décembre 2024 la société Kaspr (240 000 €) pour avoir collecté sur LinkedIn les coordonnées d'utilisateurs qui en avaient limité la visibilité. Les manquements à l'article L34-5 exposent aussi à une amende administrative allant jusqu'à 375 000 € pour une entreprise.
Règle d'or
Écrivez à des professionnels, sur leur adresse professionnelle, pour un sujet qui touche leur métier ; dites qui vous êtes et d'où viennent leurs coordonnées ; offrez dans chaque message un moyen simple de refuser, et appliquez chaque refus dans tous vos outils.
Pas à pas
- 1.Vérifiez que votre offre touche au métier de chaque destinataire.
- 2.Signez avec votre nom, votre fonction et votre société.
- 3.Ajoutez à chaque e-mail une phrase de refus simple : un lien, ou une réponse « stop ».
- 4.Dites d'où viennent les coordonnées du prospect dès le premier message.
- 5.Tenez une liste d'opposition unique, consultée par tous vos outils.
- 6.Supprimez les prospects restés sans réponse trois ans après la collecte ou le dernier contact venu d'eux.
Pied de message à adapter
À faire, à éviter
- Placer la phrase de refus en clair, à la fin de chaque message.
- Retirer aussitôt toute personne qui demande l'arrêt, dans tous vos outils.
- Garder la trace de la source de chaque contact.
- Cacher la désinscription ou exiger un formulaire en plusieurs étapes.
- Recontacter depuis une autre campagne quelqu'un qui a déjà dit non.
- Conserver sans limite des prospects qui n'ont jamais répondu.
Contrôle avant envoi
- Objet du message lié au métier du destinataire
- Expéditeur identifié : nom, fonction, société
- Moyen simple de refuser dans chaque e-mail
- Source des données indiquée dès le premier message
- Liste d'opposition commune à tous les outils
- Prospects sans réponse supprimés au bout de trois ans
Sources
- Article L34-5 du CPCE, version en vigueur depuis le 26 juillet 2020 (archive de Légifrance) (19 octobre 2026)
- CNIL : la prospection commerciale par courrier électronique (mise à jour du 10 juin 2026) (19 octobre 2026)
- RGPD, articles 6, 14, 21 et 83 (19 octobre 2026)
- CNIL : questions-réponses sur les référentiels de gestion commerciale (durée de conservation) (19 octobre 2026)
- CNIL : sanction de 900 000 euros à l'encontre de Solocal Marketing Services (15 mai 2025) (19 octobre 2026)
- CNIL : sanction de 240 000 euros à l'encontre de Kaspr (5 décembre 2024) (19 octobre 2026)
- Yahoo : bonnes pratiques pour les expéditeurs (désinscription sous deux jours) (19 octobre 2026)
- Google : questions fréquentes sur les consignes pour les expéditeurs (48 heures) (19 octobre 2026)
